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null Une légèreté qui plaît - Musique de chambre

Musique de chambre

Une légèreté qui plaît - Musique de chambre

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Gregory Massat

Dimanche 16 janvier à 11h

Cité de la musique et de la danse - Auditorium

RÉSERVATIONS

CARL NIELSEN
Serenata in vano

LUDWIG VAN BEETHOVEN
Septuor pour vents et cordes en mi bémol majeur


Kai ONO, violon - 
Joachim ANGSTER, alto
Pierre PORO, violoncelle - 
Tung KE, contrebasse
Jérémy OBERDORF, clarinette - 
Rafael ANGSTER, basson
Alban BEUNACHE, cor

« Il y a là-dedans beaucoup d’imagination, mais peu d’art… ». Plusieurs années après sa création, Ludwig van Beethoven porte un jugement très dur sur son septuor. Certes, il ne bouscule pas les habitudes, ne transgresse pas les règles. Qu’importe ! Cette vaste pièce pour clarinette, cor, basson et quatuor à cordes avec contrebasse, a été très populaire en son temps et lui a assuré de confortables revenus. Il y conjugue des mélodies simples avec une certaine fraîcheur d’inspiration. Il y fait dialoguer un petit ensemble avec un sens très sûr de l’équilibre. Cette pièce est, en un mot, accessible. N’est-il pas réconfortant de constater que le géant Beethoven, parfois affublé de l’image d’un personnage bourru, a été capable de légèreté ? Le Danois Carl Nielsen, lui, jouit d’une réputation bien différente. Décrit par ses proches comme doué de grandes qualités humaines, il sait faire preuve d’humour. À la demande de musiciens de l’Orchestre royal, il compose en 1914 une bagatelle d’une veine comique. Ils avaient programmé le Septuor de Beethoven et souhaitaient compléter avec une pièce dans un registre semblable. Ainsi est née la Bagatelle in vano et son petit scénario de mélodies tour à tour décidée, charmante, langoureuse ou dépitée… Le résultat a été accueilli, là aussi, avec un succès inattendu.

Les oeuvres

CARL NIELSEN
Serenata in vano FS. 68

Composition - 1914

Carl Nielsen naît sur l'île de Fionie au Danemark, dans une famille pauvre. À la maison, la musique est présente : « J'avais déjà entendu de la musique, entendu mon père jouer du violon et du cornet, entendu maman chanter et, au lit avec la rougeole, je m'étais essayé au petit violon. » À quatorze ans, il joue aussi du clairon et du trombone, puis se décide pour le violon, se perfectionne et étudie la composition.

En 1889, ses études terminées, Carl Nielsen intègre l’Orchestre royal de Copenhague. Un an plus tard, il entame un périple en Europe. De l’Allemagne, où il rencontre le finlandais Jean Sibelius, il se rend à Paris. Coup de foudre réciproque pour la jeune sculptrice danoise Anne Marie Brodersen ! Les jeunes gens se marient et partent pour l’Italie en voyage de noces. Revenu à Copenhague, Carl Nielsen est nommé chef d’orchestre au Théâtre royal, puis engagé comme professeur au Conservatoire.

En 1922, première attaque cardiaque. Incapable de restreindre son activité, il en subit d’autres et, à soixante-six ans, Carl Nielsen s’éteint. Il est aujourd’hui une gloire nationale.

« Grâce à sa grande intelligence, il a développé son génie, afin d'atteindre les buts qui lui étaient – je le vois – clairs depuis le début. Par sa forte personnalité, il a fondé une école et a grandement influencé les compositeurs dans de nombreux pays. On parle de la tête et le cœur ; Carl Nielsen avait les deux au plus haut degré ». À ces paroles de Jean Sibelius, on peut ajouter que Carl Nielsen n’était pas dénué d’humour, comme en témoigne sa « petite œuvre étrange », la Serenata in vano.

Serenata in vano FS. 68

Durant l’été 1914, plusieurs membres de l’Orchestre de la Chapelle royale de Copenhague partent en tournée dans les provinces danoises, dans le but de toucher un public peu connaisseur. Au programme, le Septuor de Ludwig van Beethoven pour vents et cordes. Pour le compléter, Anton Hegner, contrebassiste, suggère à son ami Carl Nielsen de leur écrire une pièce « sur mesure ». Une semaine lui suffit pour livrer sa sérénade, une « bagatelle humoristique » dit-il, un clin d’œil musical.

« C’est un petit travail étrange… plus curieux qu’amusant ou beau », disent certains critiques. D’autres la trouvent « amusante… Mais […] elle a donné une impression un peu lourde et tendue. » Aujourd’hui, c’est l’une de ses œuvres les plus populaires.

Voici le scénario imaginé par Carl Nielsen : « D'abord les messieurs jouent d'une manière un peu chevaleresque et voyante pour attirer une belle sur le balcon, mais elle n'apparaît pas. » La contrebasse installe un balancement simple, deux notes complétées par de larges accords au violoncelle. L’harmonie est fixée, la clarinette entame son chant. Rejointe par le basson puis le cor, les trois compères initient un discours décousu, parsemé de silences, très imagé : questions, réponses, doutes et affirmations…

La seconde section s’enchaîne : « Ensuite, ils jouent dans une musique un peu langoureuse (Poco adagio), mais cela n'a aucun effet non plus. » La clarinette, au premier plan, s’engage dans un épisode lyrique aux allures changeantes.

Enfin : « Puisqu'ils ont joué en vain (in vano), moqueurs, ils rentrent chez eux au rythme de la petite marche finale, qu'ils jouent pour leur propre amusement. » Légère et insouciante, cette dernière partie fait entendre des airs folkloriques, menée une fois encore par la clarinette.

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LUDWIG VAN BEETHOVEN
Septuor pour vents et cordes en mi bémol majeur
op.20

Composition 1799 - 1800

Enfant, Ludwig van Beethoven est turbulent et rebelle. Adulte, l’image d’un misanthrope bourru lui colle à la peau. Ses « grandes œuvres » sont souvent très en avance sur son temps, parfois mal comprises. Pourtant, ne révèle-t-il pas une facette inattendue au travers d’œuvres plus légères ?

Enfant prodige, il connaît à Bonn une enfance malheureuse. Son père, musicien, exploite le talent du jeune Ludwig qui travaille sous la contrainte de cet homme alcoolique et souvent violent. Finalement, sa ténacité et son courage finissent par payer. De généreux mécènes prennent en charge son éducation jusque-là négligée, une nouvelle vie peut commencer.

À vingt-deux ans, le jeune homme s’installe à Vienne. Remarqué lors de joutes musicales, « c’est Satan en personne qui se cache derrière ce jeune homme ! » rapporte un de ses concurrents. Ludwig van Beethoven est projeté sur le devant de la scène en une seule soirée. Désireux de se former avec les meilleurs musiciens, il est présenté à Joseph Haydn. Une relation conflictuelle s’installe, mais le maître pressent le talent unique de son élève rebelle : « Vous ne sacrifierez jamais votre pensée à une règle tyrannique, mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies ; car vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes. »  

Une période heureuse s’annonce : Ludwig van Beethoven est apprécié de tous, son talent force l’admiration, les salons se l’arrachent, il noue de solides amitiés et mène une vie mondaine active. L’aide matérielle de plusieurs protecteurs lui assure une vie confortable. Professeur recherché, il donne quelques leçons de piano aux enfants de grandes familles et à de futurs grands noms, dont Carl Czerny, bien connu de tous les pianistes en herbe d’aujourd’hui.

Son bonheur pourtant va s’assombrir. À vingt-six ans, il commence à entendre de moins en moins bien. Devenir sourd, « une punition divine injuste ! » pense-t-il. Petit à petit il se coupe de la compagnie de ses semblables, envisage un temps de se supprimer, se ravise. Grâce à son oreille intérieure, il continue à composer, mais les soucis s’accumulent, jusqu’à ce jour où, rentrant chez lui en calèche, il prend froid. Alité, mourant, un violent orage éclate au dehors. Ludwig van Beethoven lève le poing et dit avant de décéder : « C’est le destin qui frappe à ma porte ». Légende ou réalité ? C’est en tout cas une image qui symbolise la rage d’un homme qui avait affirmé vouloir « saisir le destin à la gorge ». À ses funérailles, plusieurs milliers d’admirateurs l’accompagnent sur la musique de sa marche funèbre. Un génie disparaissait, un mythe était né.

Si nombre de ses œuvres semblent trop novatrices pour le public de l’époque, Ludwig van Beethoven a aussi écrit des œuvres légères, marquées par une esthétique classicisante, qui ont ravi un large public, à l’image de ce Septuor.

Septuor pour vents et cordes en mi bémol majeur op.20

Vienne résonne de musique légère. Ludwig van Beethoven, désireux de plaire, écrit une œuvre charmante qui connaît vite un succès populaire. Impatient de la diffuser, il écrit à son éditeur : « Sortez donc mon septuor un peu plus promptement… les masses sont dans l’attente. » Mais, comme pour s’excuser de s’être fourvoyé dans la facilité, il avoue à ses amis : « Il y a là-dedans beaucoup d’imagination, mais peu d’art ».

L’introduction du premier mouvement, lente, est quasiment symphonique. Quel contraste avec l’Allegro suivant, aimable, galant. Les instruments se complètent en bonne intelligence. L’accompagnement en battues, notes répétées, arpèges brisés, soutient des lignes ornées tout en délicatesse.

L’Adagio cantabile est confié à la clarinette, un air repris par le violon et soutenu par le cor, qui s’impose par la douceur de ses interventions et rend l’épisode sensible.

Le troisième mouvement débute par un passage Tempo di menuetto. Les pianistes reconnaîtront la mélodie du deuxième mouvement d’une des sonates « faciles » de Ludwig van Beethoven. Suit un Thème et variations marqué par des notes staccato moelleuses. La première variation met en avant l’alto, la seconde laisse le violon virevolter. Dans la troisième, c’est un duo entre la clarinette et le basson fort élégant. La quatrième, plus sombre, laisse la primauté aux cordes staccato relayées par le cor et ses longues notes tenues. On atteint un point d’équilibre dans la cinquième variation où le discours se partage harmonieusement entre tous les instruments.

Plus animé, le Scherzo débute par un arpège descendant joyeux du cor. Un mouvement exalté entrecoupé du Trio aux allures plus « raisonnables », partie particulièrement appréciée du peintre Alfred Sisley : « Cette phrase si gaie, si chantante, si entraînante, il me semble que, depuis la première fois que je l’ai entendue, elle fait partie de moi, tant elle répond à tout ce que j’ai été au fond. Je la chante sans cesse. Je me la fredonne en travaillant. Elle ne m’a jamais abandonné… » dit-il à Auguste Renoir. Retour du Scherzo pétillant qui devient de plus en plus fougueux.

Nouveau contraste avec le début du finale et son ambiance de marche funèbre. Une éclaircie s’annonce rapidement. L’alto se lance dans une course pleine de vivacité, les vents enchainent, la conversation s’enrichit, entrecoupée d’arpèges descendants, de traits virtuoses… Après une démonstration du violon, la fin se révèle brillante.