Concert « Miroirs du temps » : un voyage symphonique au cœur de la variation et de la mémoire
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Le 6 novembre prochain, l’Orchestre vous donne rendez-vous pour un concert exceptionnel intitulé Miroirs du temps. Sous la baguette inspirée du chef Aziz Shokhakimov et avec le complice Geister Duo aux deux pianos, cette soirée réunira quatre chefs-d'œuvre emblématiques du XXe siècle et du répertoire britannique et français : The Young Person's Guide to the Orchestra et la Scottish Ballad de Benjamin Britten, le Concerto pour deux pianos de Francis Poulenc, et les célèbres Variations Enigma d'Edward Elgar.
Jeux de miroirs et filiations musicales
Pourquoi intituler ce programme Miroirs du temps ? Parce que chacune des œuvres présentées ce 6 novembre fonctionne comme un miroir tendu vers le passé, vers le folklore ou vers le cercle intime du compositeur. De plus, un fil invisible relie directement les protagonistes de ce concert : Francis Poulenc et Benjamin Britten entretenaient une profonde amitié artistique, au point que Poulenc interpréta lui-même son propre Concerto pour deux pianos en duo avec Britten au Royal Albert Hall de Londres en 1945. Au clavier, les pianistes du Geister Duo dialogueront avec l'orchestre guidé par Aziz Shokhakimov, explorant toutes les facettes de l'écriture pour deux pianos et orchestre ainsi que la virtuosité des timbres symphoniques.
Benjamin Britten : La magie de la variation et le souffle écossais
Le concert s'ouvrira et se déploiera en partie autour de la figure de Benjamin Britten (1913-1976), maître accompli de la forme variation et de la couleur orchestrale.
The Young Person's Guide to the Orchestra, op. 34
Composée en 1945, cette pièce virtuose porte le sous-titre officiel de Variations et Fugue sur un thème de Purcell. Conçue à l'origine pour le film documentaire pédagogique Instruments of the Orchestra réalisé en 1946 par Muir Mathieson, l'œuvre fut créée au concert la même année sous la direction de Malcolm Sargent. Britten y emprunte un majestueux Rondeau issu de la musique de scène d'Henry Purcell pour Abdelazer. Après une énonciation éclatante du thème par l'orchestre au complet, puis par chaque grande famille d'instruments (bois, cuivres, cordes et percussions), Britten décline treize variations captivantes. Chaque instrument prend tour à tour la parole, des picolos légers aux graves du basson et de la contrebasse, jusqu'aux percussions martelées. L'œuvre se conclut par une spectaculaire fugue originale où les instruments s'entrelacent un à un, avant que les cuivres ne fassent réentendre, en un climax grandiose, le thème baroque de Purcell. Qu'elle soit donnée avec ou sans narration, la partition demeure une éclatante célébration du pouvoir de l'orchestre symphonique.
Scottish Ballad, op. 26
Composée en 1941, la Scottish Ballad offre un contrepoint poétique et rhapsodique. Conçue comme une libre fantaisie pour deux pianos et orchestre, elle puise son inspiration dans le folklore écossais. Britten y tisse des mélodies traditionnelles emblématiques telles que Dundee, Turn Ye to Me ou Flowers of the Forest. L'œuvre s'ouvre sur une marche funèbre empreinte d'une poignante nostalgie, avant de basculer dans un Highland fling flamboyant, d'une grande vivacité rythmique et rempli d'esprit. Le Geister Duo déploiera ici toute la virtuosité et l'humour nécessaires pour faire étinceler ce dialogue entre les deux claviers et l'orchestre.
Francis Poulenc : Le Concerto pour deux pianos, un kaléidoscope sonore
Au centre du programme brille le virtuose et réjouissant Concerto en ré mineur pour deux pianos et orchestre, FP 61, de Francis Poulenc (1899-1963).
Une commande de légende
Composé au cours de l'été 1932 à la demande de la princesse Edmond de Polignac (Winnaretta Singer), le concerto fut créé le 5 septembre 1932 lors du Festival international de musique de Venise au Teatro La Fenice, par le compositeur et son ami d'enfance Jacques Février aux pianos, accompagnés par l'orchestre de La Scala dirigé par Désiré Defauw. Un feu d'artifice d'influences Poulenc y déploie un véritable kaléidoscope esthétique. Écrit pour deux pianos solistes et un orchestre alerte et coloré, le concerto mêle librement les styles et les époques : le premier mouvement (Allegro ma non troppo) s'ouvre comme une toccata incisive rappelant Bach ou Saint-Saëns. On y entend des motifs percussifs à quatre notes directement inspirés de la musique de gamelan balinais que Poulenc avait découverte lors de l'Exposition coloniale de 1931 à Paris.
La section centrale Lento subito fait flotter une atmosphère mystérieuse qui cite délicatement le mouvement lent du Concerto en sol de Maurice Ravel. Le deuxième mouvement (Larghetto) est un hommage vibrant à la pureté mélodique de Wolfgang Amadeus Mozart. Poulenc y adopte une ligne noble et poétique qui bifurque vers un romantisme tendre. Le Finale (Allegro molto) est un rondo désinvolte et plein d'esprit, fusionnant l'énergie du jazz à la George Gershwin, la fraîcheur des chansons du music-hall parisien et les sonneries envoûtantes du gamelan.
Edward Elgar : Les Variations Enigma, galerie de portraits et mystère musical
En seconde partie de concert, l'orchestre interprétera l'un des chefs-d'œuvre absolus du répertoire symphonique britannique : les Variations Enigma, op. 36, d'Edward Elgar (1857-1934).
« À mes amis décrits ici »
Composées entre 1898 et 1899 et créées à Londres sous la direction de Hans Richter, les Variations Enigma reposent sur un thème original suivi de quatorze variations. Elgar a dédié sa partition « To my friends pictured within » (« À mes amis décrits ci-dessous »). Chaque variation dresse le portrait musical subtil d'un membre de son entourage : la Variation 1 (« C.A.E. ») peint un portrait tendre de son épouse Caroline Alice Elgar.
La célèbre Variation 9 (« Nimrod ») est dédiée à son plus cher ami et éditeur August Jaeger. Évoquant une conversation réconfortante au sujet de Beethoven et du mouvement lent de sa sonate Pathétique, cette page au lyrisme incandescent est devenue un sommet d'émotion symphonique.
La Variation 14 (« E.D.U. ») constitue un puissant autoportrait d'Elgar lui-même, renforcé dans le final par les sonorités majestueuses de l'orgue.
L'Énigme irrésolue
Le titre même d'« Enigma » fait référence à un thème musical caché, une mélodie cryptée en contrepoint qui parcourt toute l'œuvre sans jamais être explicitement jouée par l'orchestre. Malgré de multiples hypothèses scientifiques et musicales, le secret d'Elgar conserve encore aujourd'hui toute sa magie mystérieuse.